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« Je serai le président de la réconciliation et du rassemblement face aux dangers des extrêmes »

François Bayrou tenait, en ce mardi 27 mars, une grande réunion publique à Besançon en Franche-Comté.  L’occasion pour le candidat à la présidence de la République de se poser en « rempart contre la montée des extrêmes ».

Téléchargez le texte intégral du discours en cliquant ici.

Face au péril des extrêmes, François Bayrou contre-attaque. Le candidat à la présidence de la République a mis en garde contre leur montée en puissance qui « maintient sous pression les partis dominants et les conduit à des dérives ». Un positionnement qu’il entend défendre et assumer tout au long de cette campagne. « Cette pression des extrêmes est pour la France un très grave handicap parce qu’il n’existe pas de pays qui ait réussi à relever les défis importants qui sont devant lui s’il était sous la pression des extrêmes, ni de l’extrême droite ni de l’extrême gauche, cela n’existe pas. Cela a chaque fois été la catastrophe dans tous les pays » a prévenu François Bayrou, très applaudi.

Et de présenter une alternative : « L’oeuvre de redressement que je propose à la France est la seule à traiter toutes les questions que le pays n’arrive pas à résoudre depuis des années. » Une offre politique en parfaite adéquation avec les valeurs humanistes incarnées par François Bayrou. Ses propos liminaires abondent en ce sens en faisant appel à la mémoire collective et à l’évocation d’une grande figure humaniste chère au cœur du député des Pyrénées-Atlantiques, à savoir Victor Hugo : « Lorsqu’on lit Victor Hugo, on ne peut s’empêcher de faire le lien avec la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui, notamment en ce qui concerne les questions européennes ». Avant de faire le pont avec des thématiques plus actuelles : « Je voudrais avec vous regarder le paysage de la France d’aujourd’hui, mais aussi et surtout les défis qui sont devant elle.  Les autres candidats n’abordent pas ces défis ».

François Bayrou achève de convoquer le passé pour poser les jalons de lendemains plus prometteurs : « Les défis que nous avons devant nous ne ressemblent à aucun autre. Nous avions connu cela au début de la Ve République. La situation économique était analogue à celle que nous connaissons aujourd’hui. Le pays était désenchanté et découragé et les citoyens se détournaient massivement des élections et de la vie politique », souligne le candidat à la présidence de la République. Et d’évoquer l’arrivée au pouvoir du Général de Gaulle en 1958, alors que le pays est au bord du précipice : « Évidemment, il n’y a pas de Général de Gaulle aujourd’hui, mais il va falloir faire le même chemin ». Un chemin particulièrement semé d’embûches, aux ruelles escarpées et tortueuses, mais qui permit de sortir la France de l’ornière.

François Bayrou en profite pour faire un joli pied de nez aux enquêtes d’opinions dont on nous abreuve quasi quotidiennement : « Le Général de Gaulle plafonnait à 1 % des voix au mois d’octobre 1957 avant d’atteindre 13 % en mars 1958 ». Un dernier chiffre proche de son score actuel. « Surtout, n’y voyez aucune ressemblance », glisse François Bayrou, esquissant un sourire et déclenchant les rires bienveillants d’une foule composée de nombreux jeunes. Et d’ajouter : « Les événements de l’époque, à l’instar de ceux d’aujourd’hui, imposent des changements lourds et des défis très importants à relever », reconnaît-il.

« Les problèmes d’intégration des jeunes dans la vie active viennent de la crainte de l’avenir »


Une jeunesse que François Bayrou n’hésitera pas à distinguer dans son discours : « Je tiens à remercier chaleureusement tous les jeunes qui sont venus ce soir. Je pense que vous pouvez vous applaudir ». La foule, enthousiasme n’hésite pas à donner la réplique à François Bayrou qui, fidèle à ses vertus de rassemblement, exhorte, non sans humour, le reste de la salle à en faire de même : « Et les plus âgés peuvent aussi les applaudir », sourit le candidat à la magistrature suprême, déclenchant les vivas de la salle dans son ensemble.

Cette « distinction générationnelle » lui permet d’évoquer ce fléau qu’est le chômage des jeunes. « Il y a une entrée frappante, c’est le chômage des jeunes à France. Le nombre de chômeurs augmente tous les mois depuis 10 mois. Depuis 5 ans, nous déplorons un million de chômeurs de plus. C’est un véritable problème de vie. Beaucoup de jeunes éprouvent la peur du vide et ne savent pas s’ils trouveront un emploi », regrette François Bayrou qui tente de cerner une partie des racines du mal, au premier rang desquelles le déficit du commerce extérieur : « Nous sommes le seul pays qui soit devant dans un épouvantable déficit du commerce extérieur. La France, depuis maintenant sept longues années, voit son commerce extérieur qui s’effondre inexorablement. Il y a sept ans, l’Allemagne était derrière nous dans ce domaine. En 2011, nous avons connu un déficit du commerce extérieur de l’ordre de 70 milliards d’euros ».

Et de s’excuser par avance d’assommer la foule de chiffres pourtant nécessaires à l’identification du problème et à l’avancée de solutions : « Le montant de 70 milliards d’euros est équivalent à 3 millions de salaires, charges comprises, de 3 millions de Français. Cette année, l’Allemagne a présenté un excédent de son commerce extérieur de l’ordre de 160 milliards d’euros. Cela explique, en partie, pourquoi il n’y a plus de chômage dans certaines régions allemandes. Je ne dis pas que l’Allemagne a raison sur tout, que c’est un modèle à suivre aveuglément, mais il est intéressant de comparer nos situations respectives », constate lucide François Bayrou.

Et, fidèle à son tempérament d’ancien professeur, de prendre un exemple concret pour expliquer l’évolution de la situation : « L’Allemagne a réussi à créer des richesses. Volksvagen était, il y a 7 ans exactement, dans la même situation que Renault. Les deux entreprises produisaient 1 200 000 véhicules par an. Cette année, Renault a produit 440 000 voitures, tandis que Volkswagen en a produit près de 2 700 000. Nous devons nous interroger sur cette lente déliquescence et ne pas se voiler la face. Nous nous appauvrissons littéralement », estime le député des Pyrénées-Atlantiques.

Après les turpitudes du commerce extérieur français, François Bayrou se recentre sur les difficultés croissantes rencontrées par la population dans son quotidien : « Personne ne peut dire que les fins de mois sont plus faciles, sauf peut-être les 0,5 % de Français qui ont vu leur situation évoluée favorablement, voir même 0,2 %, au cours de ces dernières années. L’immense majorité des Français se retrouvent devant de grosses difficultés et les fins de mois sont de plus en plus lourdes. La dette devient hors contrôle. Les gouvernements successifs ont voulu éviter cette question et n’ont pas fait face aux obligations du temps ».

C’est le moment choisi par François Bayrou pour mettre en exergue la cohérence et la constance de son engagement politique : « J’ai mis en garde le peuple français depuis de nombreuses années. La totalité des impôts des Français ne suffit même pas à payer les intérêts de la dette ». Et de citer les conclusions alarmantes de la Cour des comptes sur le sujet : « Si on ne fait rien, nous serons contraints de couper à la hache tout ce qui fait le modèle social de notre pays, à savoir les services publics, l’éducation gratuite, notre modèle de santé, etc. » Et de disserter sur un passé pas si lointain dont François Bayrou aimerait retrouver les charmes : « Avant, nous étions regardés comme un pays extrêmement enviable », regrette-t-il.

« L’une des questions centrales de cette campagne est celle du Produire en France »

« La question du produire en France n’est ni plus ni moins que la question de l’avenir de la France ». Des propos qui déclenchent immédiatement des applaudissements nourris de l’assistance. François Bayrou en profite également pour fustiger les tendances électoralistes des autres candidats sur cette question : « Les autres candidats ont abordé cette question et s’en sont approchés comme des papillons de nuit qui viennent tournoyer autour de la flamme d’une bougie qui les attire, avant de s’en éloigner », juge impitoyable le député des Pyrénées-Atlantiques, pour qui la notion de « produire en France » doit s’étendre tous azimuts : « Produire en France, c’est produire dans tous les secteurs. Nous devons, par exemple, maîtriser les processus industriels. Nous devons davantage produire dans le numérique, le culturel ou encore l’industriel. Le numérique a créé 750 000 emplois. Nous devons également produire dans la filière bois ».

Et de déplorer le retard pris sur les Allemands en la matière : « La superficie des forêts françaises est supérieure de 20 % à celle de l’Allemagne. Pourtant, les Allemands ont créé 750 000 emplois dans ce secteur, tandis que nous, avec davantage d’espace, nous n’en comptons que 450 000.  Si nous avions fait notre boulot, nous pourrions nous enorgueillir de près d’un million d’emplois dans le secteur ».

Toujours fidèle à sa démarche pédagogique pour illustrer plus concrètement ses propos, François Bayrou avance l’exemple du fabricant allemand de surligneurs « Stabilo-Boss » : « Le Patron de Stabilo-Boss le reconnaît volontiers : c’est important pour un Allemand d’acheter allemand, car leurs produits ont une réputation de qualité supérieure », admet François Bayrou. Et de poursuivre son raisonnement : « Je voudrais qu’on fasse la même chose pour les produits français. Ils méritent d’être soutenus ». Même si le chemin semble encore long : « 80 % de nos produits sont soumis à la concurrence d’un produit allemand et dans 80 % des cas, la France perd le marché, au même prix. Ce n’est pas une question d’argent. Nous voyons de plus en plus de publicités allemandes en France, qui vantent les mérites de la qualité allemande et moi, j’aimerais que l’inverse existe aussi, qu’il y ait des publicités françaises en Allemagne pour vanter la qualité de nos produits. Il faut impérativement rebâtir le Produire en France », affirme un François Bayrou, plus déterminé que jamais, et transcendant la foule par son volontarisme.

« L’éducation nationale mérite d’être aimée et respectée dans notre pays »

Autre thématique pour laquelle François Bayrou éprouve une tendresse toute particulière, en vertu de son passé de professeur et de ministre de l’Éducation nationale, la question de l’école. « Nous avons également une grande question d’éducation devant nous. L’éducation est un monde à qui j’ai donné beaucoup d’amour. L’éducation nationale mérite d’être aimée ». Ce dernier point soulève l’enthousiasme d’une foule reconnaissante à François Bayrou de mettre l’éducation, au même titre que le « Produire en France », au centre de son projet pour la France : « L’éducation n’est pas une interrogation mineure. Vous ne pouvez pas durer sans être un pays de très haut niveau de performance et d’exigence et sans un haut degré de formation », souligne François Bayrou.

Et d’évoquer un pays « qu’il regarde de très près » : « Je vais vous raconter simplement une histoire, il est un pays que je regarde avec beaucoup d’attention : c’est la Corée du Sud. Il y a 40 ans, c’était le pays le plus pauvre du monde, comme le Malawi aujourd’hui. La Corée est un pays fracturé : au Nord, nous avons misère et pauvreté, et au Sud, liberté et abondance ».

Après ce postulat de départ, François Bayrou poursuit sa démonstration : « Aujourd’hui, la Corée du Sud est l’un des premiers pays de la planète. Sans avoir un territoire vaste, sans avoir un peuple nombreux – une population estimée à 50 millions d’âmes – avec des salaires du même acabit que les salaires français, la Corée du Sud est aujourd’hui l’un des pays les plus performants économiquement au monde. C’est également le premier pays du monde pour les objets électroniques de nouvelle génération ».

Et François Bayrou d’aborder un point de démonstration qui déclenche les rires bienveillants de la salle, mais qui trouve forcément un grand écho : les lourdeurs de l’administration française : « La Corée du Sud est également le premier pays en ce qui concerne l’administratif. Vous savez combien de temps il faut en Corée du Sud pour refaire ses papiers ? Un peu moins de trois heures ». Une « courte durée » qui suscite des applaudissements nourris de l’assistance, trop consciente des lenteurs chroniques de l’administration « à la française ».

François Bayrou déroule alors son argumentaire concernant la place de l’école au sein de la République après avoir évoqué l’exemple coréen : « Quel est le secret ? La Corée du Sud a bâti autour de ses grandes entreprises des centres de recherches des plus performants. Il n’y a pas d’autre secret que la recherche et l’éducation. Nous ne pouvons pas accepter l’idée d’être un pays dans lequel deux enfants sur cinq entrants en 6e ne savent pas lire correctement. De mon temps, l’école apprenait à lire à tous les enfants sans exception, peu importe le milieu social d’où ils étaient originaires. J’ai grandi dans un village des Pyrénées de 300 habitants. Nous vivions dans une société sans classe sociale. Tous ces enfants apprenaient à lire. L’école était portée par la société », souligne, non sans nostalgie, le candidat à l’élection présidentielle qui souhaite que ces vertus cardinales retrouvent droit de cité au sein de l’éducation nationale.

Et de poursuivre sur les échecs cuisants de ces dernières années : « Nous sommes le pays qui a le plus d’inégalités scolaires. C’est un véritable crève-cœur. L’école doit retrouver le niveau qui est le sien. Le lien de confiance est brisé entre les gouvernants et le pays sur cette question. 150 000 élèves sortent du système scolaire par an ». Et François Bayrou d’égrener ces solutions sur la question, suscitant l’approbation d’une foule qui reconnaît ces compétences en la matière : « Nous devons définir le baccalauréat en fonction du niveau nécessaire à la fin de l’enseignement secondaire. Nous devons également revoir le système d’orientation pour savoir dès l’entrée de l’université comment on va en sortir. Il faut également bâtir des formations professionnelles par alternance en sortie d’université, afin ne pas avoir des diplômes généraux qui ne déboucheront sur rien », affirme de toutes ses forces le candidat à la présidence de la République.

« Je veux maintenant aborder la question de la moralisation de la vie publique dans notre pays »

Après l’instruction, la moralisation. François Bayrou a répété ce soir, à l’envi, sa volonté indéfectible de mettre sur la place publique la question de la moralisation de la vie politique et la sollicitation du peuple en la matière : « J’organiserai un referendum le 10 juin, jour de l’élection législative, sur lequel on traitera tous ces problèmes, et voici ce que je propose : interdire le cumul des mandats pour les députés et le limiter pour les sénateurs. Seuls les parlementaires présents seront autorisés à prendre part au vote, comme c’est le cas au Parlement européen. Tous les votes seront publics. Je m’engage également à reconnaître dans chaque élection le vote blanc comme un vote réellement exprimé ».

Autre condition sine qua non de cette moralisation de la vie publique, la prévention des conflits d’intérêts chère à François Bayrou : « J’interdirai le mélange entre intérêt privé et intérêt public. Si cela avait été mis en place auparavant, cela nous aurait permis d’éviter des scandales qui sont encore rampants au sein de la société française. Nous avons résolument besoin de rebâtir le lien de confiance, trop distendu ces dernières années, entre électeurs et élus », préconise François Bayrou qui, plus déterminé que jamais, s’avance face aux Français, les yeux dans les yeux, armé du projet qu’il vient de leur décliner : « L’œuvre de redressement que je propose à la France est la seule à traiter toutes les questions, qu’elles soient d’ordre économique et financier ou encore concernant la moralisation de la vie publique, nous allons y répondre ».

Et d’exhorter le peuple de France à prendre en main son destin : « Il importe de sortir du perpétuel affrontement stupide que l’UMP et le PS imposent aux Français. Nous avons d’autres choses à battre que l’un de ces deux partis. Nous devons abattre la dette l’illettrisme, l’échec scolaire ». Et de conclure, ovationné par la foule : « On peut travailler ensemble en étant différents. Je veux être celui qui rassemble et réconcilie, et faire que demain, la France réussisse à éradiquer ces problèmes. Nous allons rassembler pour redresser notre pays », conclut François Bayrou, porté au pinacle par une salle acquise à sa cause et dont les derniers sceptiques viennent grossir les rangs du rassemblement qu’il appelle de ses vœux

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