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« Luttons contre les déserts médicaux sur la base d’une nouvelle définition du numerus clausus »

François Bayrou a présenté ses orientations dans le domaine de la santé, dans une interview à l’hebdomadaire Le Généraliste.

Le Généraliste – Quels sont, selon vous, les problèmes majeurs à résoudre pour le système de santé français, dans les cinq années à venir ?

François Bayrou – Le premier problème est le gouffre qui s’est créé entre les gestionnaires du système de santé et les médecins. L’impression de ne pas être entendus, d’être submergés de tâches ou de contraintes qui éloignent de l’acte médical, de la vocation médicale. Et ce n’est pas de la mauvaise volonté. Contrairement à ce que certains disent, les médecins ne sont nullement indifférents aux impératifs de gestion. Ils sont des citoyens de plein exercice, ils connaissent les contraintes, ils savent bien que la France connaît tous ces déficits qui nous plombent. Simplement, quelque chose ne passe plus. C’est d’autant plus frappant (je parle en tant que père de médecins, frère de médecins, oncle et ami à tous les titres de médecins) que ce métier est un des seuls métiers entièrement construits sur une vocation. Et c’est la vocation que les médecins ont du mal à reconnaître aujourd’hui dans la gestion du système, et plus encore peut-être l’avenir de la vocation. Et puis les médecins ont le sentiment d’un très grand nombre d’injustices, ils ont l’impression d’être ciblés, alors que les études montrent que leurs revenus sont moindres que ceux de leurs confrères et de leurs consœurs européens. Ils ont l’impression qu’on fait peser sur leurs épaules des contraintes toujours plus importantes. Bref, il faut reconstruire la reconnaissance, la légitimité, l’écoute et l’entente sans lesquels on ne pourra pas reconstruire.

LG – Selon vous, l’accès aux soins des Français est-il menacé par les dépassements d’honoraires, la hausse du ticket modérateur et la progression des déserts médicaux ?

FB – L’accès aux soins est aujourd’hui fragilisé d’abord par la montée inquiétante de la précarité. C’est un problème immense qui doit être une priorité absolue des pouvoirs publics: je propose un Bouclier santé pour toutes celles et tous ceux qui n’ont plus les minimas sociaux mais qui disposent de revenus très faibles les conduisant à différer la visite chez le médecin, jusqu’à sacrifier leur santé, parce qu’ils ne peuvent pas payer une mutuelle. Ce Bouclier, j’en ai la conviction, peut être financé en gérant autrement l’argent consacré aujourd’hui à l’aide complémentaire santé. Je propose également que l’on réfléchisse à ce qui existe en Alsace-Moselle en matière de système d’assurance complémentaire. Une mutuelle universelle dont les performances méritent d’être explorées. Les déserts médicaux sont le deuxième aspect de l’inégalité d’accès aux soins. Dans ces zones, les médecins généralistes se retrouvent surmenés car ils doivent assurer une permanence médicale sur des territoires étendus, pour un nombre important de patients. Pour y remédier, il faut une nouvelle définition du numerus clausus médical avec des places supplémentaires, assorties d’un engagement de service de quelques années dans une région déficitaire. Cela permettrait à des jeunes qui ont la vocation médicale d’exercer là où on en a le plus besoin. Une autre idée assez proche a été évoquée qui mérite sans doute d’être explorée : une redéfinition de l’internat classant national en grandes régions avec engagement de service d’une durée de l’ordre de 5 ans.

LG – Faut-il revoir le financement de la protection sociale et si oui comment ?

FB – Nous n’avons pas besoin de révolution. Nous avons besoin, je le redis, de repenser son équilibre et son équité dans un souci de restructuration, de mise en réseaux, et d’échange sur les bonnes pratiques. Prenons l’exemple des urgences hospitalières qui sont victimes d’une véritable thrombose. Je suis convaincu que nous gagnerions en efficacité et économies avec l’installation, de maisons médicales d’urgence, mixtes, en lien avec les urgences hospitalières, chargées de soigner en premier recours, ou d’orienter vers les urgences réelles.

LG – Quelle place assigne-t-il au médecin généraliste dans le système de soins français ?

FB – Dans notre système de soins, le médecin généraliste est irremplaçable. Je ne vois pas comment l’on pourrait se passer de son rôle pivot de « médecin de famille » comme on dit, au croisement de toutes les problématiques. Principaux garants de l’égal accès aux soins, par les conseils qu’ils donnent et la manière dont ils orientent les patients. C’est aussi sur eux que reposent l’efficacité de notre système de soins et le meilleur usage des ressources. Et c’est dans leur cabinet que se joue l’une des questions les plus essentielles : aurons-nous une médecine qui sera au mieux une « administration des soins » ou une médecine qui saura dégager du temps pour l’écoute et l’auscultation du malade ?Mais les médecins généralistes sont confrontés à deux défis majeurs, auxquels il est urgent d’apporter des réponses.

De moins en moins d’étudiants en médecine choisissent cette vocation. Le métier de médecin généraliste souffre d’un profond déficit de reconnaissance auprès des étudiants en médecine. Je veux que l’on revalorise cette filière au cours des études universitaires avec notamment la mise en place de matières d’enseignement spécifiques et de stages plus précoces et plus nombreux chez des généralistes. Enfin, beaucoup de médecins généralistes ne se sentent pas entendus par les instances de gestion gouvernementales. Il faut remédier à ce sentiment d’incompréhension profond. Cela vient en partie des charges de paperasse administrative, qu’il faut remplir en fin de journée où l’on a donné beaucoup de temps aux malades. Il faut veiller à ce que la consultation, le geste auprès des malades, soit la priorité de notre système de santé.

LG – Faut-il revoir les règles d’exercice de la médecine libérale en matière de liberté d’installation, paiement à l’acte, liberté de prescription, par exemple ?

FB – La liberté d’installation doit être préservée dans le cadre de l’engagement que j’évoquais plus haut. Mais je redis la nécessité de lutter contre les déserts médicaux sur la base d’une nouvelle définition du numerus clausus. Je défends le paiement à l’acte, mais une prise en charge forfaitaire est certainement utile dans certaines maladies chroniques et dans les missions de prévention en lien avec l’appréciation des pratiques. En revanche, je reste opposé au principe du paiement à la performance, car pour moi le terme «performance» est choquant quand on parle de santé. Cette sémantique reste le fruit d’une logique purement «business». Je suis donc partisan du contrat de bonnes pratiques.

LG – Concernant la fin de vie, faut-il faire évoluer la législation et reconnaître un droit à une assistance médicale pour mourir ?

FB – La loi Leonetti constitue un équilibre qu’il faut préserver car elle évite deux écueils que je ne souhaite pas : d’un côté l’acharnement thérapeutique et de l’autre l’euthanasie qui porte un risque non négligeable de comportements contraires à nos valeurs. Mais une chose essentielle manque : l’information des patients et de leur famille, car la loi de 2005 est totalement méconnue, et donc souvent mal appliquée. Il faut donc que le corps médical et les personnels soignants qui accompagnent les personnes en fin de vie, bénéficient d’une réelle information et soient également informés des bonnes pratiques

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